J'ai hésité à rédiger cet article, tant je crains déjà de lire des commentaires du style "les féministes adorent se victimiser, se faire passer pour des victimes, etc...". J'ai lu des propos de ce style une fois. Venant d'une personne qui disait beaucoup de mal des féministes, d'ailleurs. Un comble. A vrai dire, j'ai horreur de me déclarer "victime" de quelque chose, et je crois que c'est le cas de beaucoup de monde (et notamment de beaucoup de femmes qui ne veulent surtout pas se dire féministes, parce que ce serait reconnaître qu'on peut être victime de sexisme. Passons). Mais il me faut prévenir les nouvelles et nouveaux qui découvrent. Attention, jeune pousse féministe. En te déclarant féministe, tu t'engages sur un terrain glissant. Prépare-toi à te faire traiter de mal baisée, de "sale gouine" (sic), de frustrée, d'inculte, de conne. Prépare-toi au mépris, à l'arrogance, à la haine parfois. Il n'y a pas plus haï et détesté qu'une féministe, à part deux féministes, peut-être. L'homme féministe, lui, sera bien sûr suspecté de vouloir draguer les femmes féministes, ou (ô crime abominable) s'entendra demander s'il est homosexuel.
Un être humain intelligent, "épanoui" et heureux ne peut pas être féministe, c'est bien connu. Une personne féministe a donc forcément un problème. Lequel, on ne sait pas, mais rassurez-vous, les antiféministes trouveront pour vous. Vous avez été violée, votre père était un tant soi peu violent, vous avez des penchants homosexuels non assumés, votre mère était très malheureuse, votre ex était mauvais au lit ? Ne cherchez plus : voilà l'explication de votre dérive féministe (qui passera, bien sûr, sauf si vous êtes définitivement perdu-e pour l'humanité).
Si le problème ne vient pas de vous, il faudra trouver autre chose, puisque il est entendu que l'on ne peut pas être sérieusement et sincèrement féministe. Voilà donc la théorie du complot. Complot capitaliste, complot franc-maçon, complot contre "la Nation", complot homosexuel, complot de la "féminisation" de la société... Complot, n'importe lequel. Allez, avouez-le, vous avez une idée derrière la tête et vous tramez quelque chose : on ne peut pas être sérieusement pour l'égalité des sexes, non ?
Ou alors c'est le mot "féminisme" qui pose problème. Parce qu'il y a "femin" dedans. Ca fait penser aux femmes, donc c'est anti-hommes, bien sûr. Et puis, il y a "isme", et tout ce qui se finit en "isme" est damné, paraît-il (même le secourisme ? L'alpinisme ? L'éclectisme ?). Et puis le féminisme, en plus, c'est une idéologie, et une idéologie, c'est pas beau. Mais comme dirait cette brave Simone : "Si c'est une idéologie à laquelle j'adhère, pourquoi est-ce que je ne la défendrais pas ?". Etre féministe, c'est idéologique, mais se dire de gauche ou de droite, c'est vital, nuance.
Tant pis, ils (et elles) ne m'auront pas. Après tout, si quelque chose d'aussi anodin que la défense de l'égalité hommes-femmes met tant de gens en émoi, c'est peut-être eux qui ont un problème, non ? Je me soucie peu qu'on m'agresse verbalement sans seulement me connaître ; je m'interroge en revanche sur ce dégoût toujours renouvellé pour un mouvement défendant l'égalité des sexes. Et mes interrogations ne me rendent pas vraiment optimistes. Cela ne m'empêchera pas de rire de la sottise antiféministe et de me déclarer féministe tant qu'il le faudra. Na !