Je me suis jetée dessus dans la librairie, mais je ne l'ai pas encore lu (mais cela ne saurait tarder !) ... Je me contente donc de faire un petit copier-coller de la présentation de l'éditeur :
En janvier 2008, Simone de Beauvoir aurait eu cent ans. La philosophe engagée, la romancière, la mémorialiste fait figure d'enfant surdouée d'un siècle mouvementé, dont elle a marqué la deuxième moitié d'une profonde empreinte. Le Deuxième sexe, paru en 1949, fut le bréviaire féministe de deux générations ; dans Les Mandarins se sont retrouvés les intellectuels nés entre 1900 et 1920 ; Les Mémoires d'une jeune fille rangée, suivies de La Force de l'âge, composent un portrait de femme où beaucoup se sont reconnues, ou rêvées. Mais Simone de Beauvoir, qui s'était faite avec son compagnon Sartre l'apôtre de la transparence, a-t-elle toujours dit toute la vérité sur elle même ? Comment son oeuvre fut-elle reçue ? Quelle image laisse t-elle d'elle même, près de douze ans après sa mort ? La controverse demeure ouverte. Au moins faut-il la nourrir d'arguments fondés et vérifiés. Ingrid Galster, qui a consacré l'essentiel de ses travaux aux personnes et à l'univers sartrobeauvoirien, apporte en vingt chapitres qui sont autant de petits essais des éléments essentiels, parfois peu connus, sur l'itinéraire de Simone de Beauvoir, depuis ses années d'étudiante, sur lesquelles elle a recueilli des témoignages directs, jusqu'à sa destinée posthume, en passant par RadioVichy, où Beauvoir fut active, et par le féminisme dont elle fut la figure de proue. Il en ressort une femme d'envergure rendue à sa vérité, ne méritant ni l'hagiographie ni le dénigrement, possédant comme toute personnalité sa part de rayons et d'ombres.J'ai feuilleté le livre, une partie non négligeable semble consacrée au féminisme. L'ensemble du livre doit permettre d'en découvrir plus sur celle qui fut l'une des plus célèbres féministes du XXème siècle.
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J'ai enfin lu ce livre. Il est composé de différents articles de la chercheuse, parus dans diverses revues. A l'exception de l'article "Le couple modèle ?" paru dans un hors-série de
L'Histoire consacré à Sartre, je ne connaissais pas ces articles. On y trouve des informations et documents propres à retenir l'attention des personnes s'intéressant à Beauvoir (des témoignages de deux de ses élèves de philosophie, la lettre de la femme qui porta plainte contre elle pour détournement de mineure, des informations sur le travail effectué par Beauvoir pour Radio Vichy...).
Ingrid Galster critique les personnes cherchant à défendre l'idée selon laquelle Beauvoir aurait été une philosophe plus importante que Sartre, mais sous-estimée en tant que femme. Il est clair que ne voir qu'en Beauvoir une "disciple de Sartre" est très réducteur. Mais - c'est le point de vue défendu par Galster - il est tout aussi néfaste de chercher à "réhabiliter" Beauvoir malgré elle : tous deux avaient des qualités différentes (c'est ce que disait Beauvoir elle-même).
Galster cherche de toute évidence, en citant de nombreuses sources précises, à se présenter comme une chercheuse sur Beauvoir fiable, par opposition à d'autres auteurs dont elle critique les propos ou écrits abondant en inexactitudes ou erreurs (elle vise particulièrement Deirdre Bair, auteure d'une biographie de Beauvoir dont elle relève les erreurs). Elle affirme aussi vouloir, sans tomber dans l'idôlatrie, défendre Beauvoir contre les critiques actuelles. Elle défend en particulier
Le Deuxième sexe contre les critiques de féministes comme Julia Kristeva, Hélène Cixous ou Luce Irigaray, à tort vues aux Etats-Unis comme représentantes d'un "French feminism" alors que leur point de vue serait minoritaire au sein du féminisme français. Ne connaissant ces féministes que de nom, je ne peux me fier qu'à ce qu'en dit Galster. Je la cite :
Pour Beauvoir, c'était les hommes qui incarnaient la transcendance parce qu'ils ont soumis la nature. Or, le postmodernisme conteste cette domination de la nature, l'idée de progrès a été mise en cause. C'est pourquoi l'attitude qui pour Beauvoir représentait l'idéal - la transcendance - aujourd'hui, à partir d'une certaine optique, c'est ce qui a mis le monde en péril. Et les femmes, du coup, ont le beau rôle parce qu'elles n'ont pas eu accès à la transcendance... (...) Les nouvelles féministes [toujours Kristeva, Cixous et Irigaray]
disent : il ne faut pas faire comme les hommes, parce que sinon on reproduit toutes les erreurs du progrès, de la destruction de la nature, etc... (...) Elles disent : les hommes, les "mâles", ont fait passer pour universel ce qui n'était qu'eux (...). Luce Irigaray veut, par exemple, qu'on redécouvre la vraie place de la femme qui, dans l'histoire, a été couverte, selon elle, par les hommes. C'est-à-dire il ne faut pas accepter la femme en tant qu'Autre de l'homme, telle qu'on l'a connue pendant des siècles, mais gratter sous les couches... [Pour trouver]
une féminité qui est liée à d'autres valeurs que celles des hommes. Et à quoi serait liée cette prétendue féminité spécifique aux femmes ? A la maternité qui rendrait les femmes différentes des hommes par nature... Si les idées défendues par Kristeva, Cixous et Irigaray sont telles que les présente Galster, on comprend qu'elle les critique et défende Beauvoir contre elles !
Ingrid Galster émet aussi des théories intéressantes sur l'influence du
Deuxième sexe sur le féminisme américain, et sur la manière dont féminisme américain et féminisme français se sont mutuellement influencés après la publication de cet essai. Elle consacre aussi un article à la manière dont
Le Deuxième sexe a été commenté par la presse en 1949 (elle s'intéresse également aux articles publiés suite à la mort de Beauvoir et suite à la publication posthume de ses lettres à Sartre et de son journal intime).
Le livre s'achève avec des comptes-rendus de colloques consacrés à Beauvoir, dans lesquels Galster se montre parfois assez ironique vis-à-vis de certaines communications, notamment celle du très médiatique, mais pas très renseigné, semble-t-il, BH Levy.
Bref, ce livre s'adresse surtout à des lecteurs et lectrices connaissant déjà bien Beauvoir, et étant désireux -ses de lire des écrits consacrés à certaines questions polémiques (la relation entre Sartre et Beauvoir, leur attitude pendant l'Occupation, leur importance respective
a posteriori, la personnalité même de Beauvoir, etc...), et bien sûr au féminisme.
PS : Ingrid Galster fait parfois allusion au livre "Simone de Beauvoir : le Deuxième sexe le Livre fondateur du féminisme moderne", mais n'évoque jamais les
accusations de Marie-Victoire Louis et de Marie-Jo Bonnet.