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Nouvelles d'un autre monde.

Nouvelles d'un autre monde.
Parfois, j'ai tendance à oublier le monde dans lequel je vis. Le monde en rose et bleu, le sexisme, les clichés, tout ça. Plongée dans le monde rassurant de l'université, entourée de chercheur-e-s super cultivé-e-s qui savent même parfois qui est Judith Butler, je ne vois plus le sexisme.
Mais il revient vite au galop. Dans un autre lieu que je fréquente beaucoup aussi, le train, par exemple.
Je me souviens de ce couple, un homme et une femme d'un certain âge qui s'étaient rendu compte que le train ne s'arrêtait pas à la gare pour laquelle ils avaient pris un billet d'arrivée. Ils ont dû descendre dix minutes plus tard dans une autre gare. Debout devant la porte encore fermée du wagon, l'homme gonflait son torse, se hâtait de mobiliser sa très sociale virilité, tandis que la femme l'exhortait à faire preuve de fermeté devant les agents de la SNCF : "Tu gueules. Ah si, tu gueules !". La scène inversée aurait bien entendu été inimaginable...
Je me souviens aussi de ce jeune homme qui répondait sèchement à une femme l'appelant souvent au téléphone : "Stéphanie, arrêtes. Mais pourquoi tu fais ça ? Je vais t'en mettre une... Tu arrêtes ou je vais t'en mettre une !". Quels que puissent être les torts de cette Stéphanie, ce menaçant "je vais t'en mettre une" a eu le don de me glacer le sang.
Il y a eu aussi, dans un kebab, le garçon qui passait d'autorité sa commande pour lui et une fille l'accompagnant, et la fille protestant avec irritation : "Mais non, ce n'est pas ça que je veux !".
Et puis, même à l'université on n'est pas à l'abri. Un chercheur a un jour confirmé les soupçons que j'avais sur Françoise Héritier (depuis que j'ai lu des propos de Christine Delphy sur celle-ci dans le tome 2 de l'Ennemi principal) en évoquant celle-ci : "Comme le dit Françoise Héritier dans "Masculin-féminin, la pensée de la différence", l'enfant se rend compte en grandissant que le monde est double, qu'il y a des hommes et des femmes. D'où le tabou de l'homosexualité". Je précise que ce "monde double" n'était pas du tout présenté comme socialement construit, mais plutôt comme atemporel. Et pourtant, il s'agissait d'évoquer une oeuvre dans laquelle la différence sociale entre les sexes, entre l'hétérosexualité et l'homosexualité, semblait abolie... Ce qui pour ce chercheur était bien entendu un mal, un appauvrissement du monde.
Mais il y a peut-être de l'espoir. Est-ce que les gens croient vraiment aux stéréotypes qu'ils propagent ? Parfois, le stéréotype peut n'être qu'un prétexte pour un humour sans surprise. Je me souviens de cette femme qui s'écriait récemment, d'un ton un peu accablé :
"Ah, les garçons, les garçons ! Les filles sont sérieuses, même pendant la période du bac elles viennent toujours en cours, mais les garçons ne viennent plus, ils disparaissent...".
Comme je restais silencieuse, elle voulut susciter mon approbation :
"Vous ne trouvez pas ?".
A quoi je répondis :
"Cela dépend desquels".
Et elle, soudain sérieuse :
"Oui".

(Mais il y a peut-être des gens pour qui la remise en question serait plus difficile. Que disait cette femme, entendue dans le train, déjà ? Ah oui : "Moi je dis, maman toujours, papa peut-être, hein ! Je n'accorde aucune confiance aux mecs". Elle parlait d'un homme qui venait de se séparer de la femme avec laquelle il vivait, avec qui il avait des enfants. Non, mine de rien il y a encore du boulot)

(En plus, dans cet autre monde, le concept de "virginité" a encore de l'importance... Mon prochain article sera donc consacré - roulement de tambours - au concept social de la "virginité"... dont il serait peut-être temps de se débarrasser... non ?)
# Posté le samedi 31 mai 2008 06:22
Modifié le samedi 31 mai 2008 06:37

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