Lobotomisation précoce

D'abord il y a la grossesse. Car oui, le dressage commence dès la grossesse, avant même la naissance. La future maman s'impatiente : "Vivement qu'on sache si c'est une fille ou un garçon, que je puisse faire plus de courses !". Enfin, elle sait. Si c'est une fille, elle est ravie de courir acheter des robes roses ridicules comme elle-même refuserait d'en porter. L'arrivée d'une fille va lui permettre de jouer de nouveau à la poupée. Elle prévoit déjà de lui laisser pousser les cheveux, histoire de lui faire des nattes, achète des bandeaux roses, "Pour qu'on voit bien que c'est une fille !" (au cas où la robe rose, les chaussettes roses, les chaussures roses et l'inscription "Je suis belle comme un coeur" sur le tee-shirt ne seraient pas assez explicites). Pour un garçon, les vêtements sont plus sobres, moins marrant. Mais déjà la femme enceinte peut porter fièrement un tee-shirt avec "C'est une fille !" ou "C'est un garçon !" bien mis en valeur par le ventre rebondi. Enfin on peut aussi terminer les travaux dans la chambre, le papier peint rose ou bleu, le tapis rose ou bleu, la couverture rose ou bleue...
Quand c'est un garçon, la future maman est contente, car elle prévoit souvent d'avoir une fille, après. Un garçon d'abord, une fille après, "Comme ça il pourra surveiller sa petite soeur, c'est trop mignon !".

Enfin, la naissance, les faire-parts triomphants, roses ou bleus. Bébé grandit. La petite fille veut faire comme maman, "Elle est déjà coquette, elle fait des caprices, c'est déjà une vraie fille, hi hi hi !". Même extase devant la virilité naissante du garçon : "Ah, c'est bien un petit mec, ça !". Bien entendu, la petite aura les oreilles percées, "C'est tellement joli ! Tu veux, ma chérie ? Mais non, ça ne fait pas mal, maman sera avec toi !" Le petit garçon devra bientôt aller chez le coiffeur, car c'est vrai qu'il a de jolies boucles, mais faut pas pousser quand même. Bientôt l'école, les activités extra-scolaires : danse classique pour la petite, foot ou judo pour le petit. Il paraît que le petit est bien agité à l'école, mais c'est normal, c'est un garçon. Bien sûr les jouets adéquats : "Mais laisse la poupée de ta soeur, mon chéri, c'est un jouet de fille !". De temps en temps repas au Mac Do quand maman en a marre de faire la cuisine : "Et ce Happy Meal, c'est pour une fille ou un garçon ?" demande une étudiante à l'air las derrière la caisse. Quand on parle aux parents de conditionnement social, ils débusquent la vilaine idéologie et protestent : "Moi je pense qu'il faut laisser faire la nature". Oui, c'est bien connu, c'est la nature qui met des poupées et des aspirateurs en plastique dans les chambres des filles, et des petites voitures et des pistolets chez les garçons. Ce père Noël, alors, quel farceur !


La suite de l'histoire est ici...
# Posté le jeudi 21 août 2008 08:29

Attention, transformation.

Attention, transformation.
(sur MSN)
# Posté le mardi 19 août 2008 02:26

Une bonne raison de ne pas acheter Libération ?

Une bonne raison de ne pas acheter Libération ?
"Qu'on ne me fasse pas le coup de la pruderie ou de la talibanisation des esprits. Les machos de gauche savent toujours déterrer la hache de guerre pour mieux nous faire la leçon".

Laure Adler dans Les Temps Modernes, n°647-648

Merci
# Posté le lundi 18 août 2008 15:31

...

# Posté le dimanche 17 août 2008 08:55

Médecin (et mes deux seins ?)

Médecin (et mes deux seins ?)
Malgré les vilains gros stéréotypes rampants sur les prétendues incapacités des filles en sciences, il y a quand même des jeunes femmes qui se jettent bravement dans la bataille les études de médecine, pas plus impressionnées que les garçons par les dix ans qui les attendent. J'en connais. Je songeais à cela récemment, et une petite anecdote m'est revenue - c'est fou comme on en entend des choses dans les trains.

Il y a quelques temps, j'étais donc dans le train, près de la porte, m'apprêtant à sauter sur le quai dès que l'engin serait rentré en gare. Un jeune homme et une jeune femme discutaient des études de médecine. Ils parlaient de la longueur des études, du fait que les femmes sont plus nombreuses qu'avant à entreprendre ces études-là. Et le gars a déclaré avec un grand sourire, comme si cela allait de soi :

"Ouais, mais les femmes, elles ne continueront pas jusqu'au bout".

La fille a souri aussi, encore une fois comme si cela allait de soi, bien que son sourire à elle soit quelque peu grinçant.

Le jeune homme ne voulait pas dire que les femmes sont moins capables que les hommes, oh non. Ce qu'il voulait dire - et peut-être a-t-il même explicité son sous-entendu, je ne sais plus très bien - , c'est que si les étudiants en médecine avaient des enfants, quand c'étaient des hommes, ils continuaient, et quand c'étaient des femmes, elles arrêtaient. Voilà, tout simplement. Et si la fille a eu un rire crispé, ce n'est sans doute pas parce que cette déclaration lui semblait anormale. Tout deux en parlaient comme si c'était inévitable. La vie, la fatalité, ma brave dame.

Et attendez, je pourrais encore insister sur le fait que quand un homme et une femme en blouse blanche rentrent dans une chambre d'hôpital, il est courant que d'emblée l'homme soit assimilé au médecin et la femme à l'infirmière ; je pourrais aussi parler du machisme archaïque qui sévit encore dans certaines facs de médecine ; mais je vais m'arrêter là, je ne voudrais pas décourager les jeunes futures doctoresses qui m'entourent...
# Posté le vendredi 15 août 2008 10:25