Foireux 8 mars

J'attends le 8 mars, déjà crispée à l'avance. J'ai vu récemment des tracts commerciaux annonçant "la journée de la femme" pour draguer la consommatrice lambda. Sur Internet, je suis tombée, entre autres, sur ça.

Oh la belle transformation que voilà : la journée internationale pour les droits des femmes, qui devient la "journée des femmes", puis la "journée de LA femme" et puis, de plus en plus... "la fête de la femme".

La fââââmme fait son retour en force. Quand est-ce qu'on va s'en débarrasser une bonne fois pour toutes, de celle-là ? "La femme" n'existe pas, il n'y a que des femmes. Je sais, je radote, sûrement, mais apparemment il le faut encore.

Les médias vont sans doute encore répéter complaisamment que les femmes sont globalement moins payées que les hommes, qu'elles sont majoritaires pour les emplois à temps partiel, que la violence conjugale et les viols existent toujours, que les tâches ménagères sont accomplies en grande partie par les femmes, etc... Ils répéteront ça, comme chaque année. Il y aura sûrement une personne conservatrice (Zemmour, Soral, Abécassis, etc...) pour venir clamer que la femme libérée est un piège, qu'il faut revenir au bon vieux temps d'avant. Aucune interview de Christine Delphy ou de Marie-Victoire Louis ne paraîtra nul part. Quelques féministes défileront sûrement dans les rues parisiennes. J'attendrai la fin de la journée avec angoisse, en espérant que personne ne me parlera de "fête de la femme". Pitié, pas ça.
Après on ira tous et toutes se coucher, et la vie reprendra tranquillement son cours. Sans véritable changement.

(J'ai trouvé l'illustration sur un blog, à la date du 8 mars 2007. Le titre de l'article : "Bonne fête à toutes les femmes". Arrrrrrggggg... J'ai mis l'image pour vous montrer ce qui me fait horreur)

PS : Quand même, ce 8 mars, sur France 3 dans la soirée, vers 23 heures, il y aura un documentaire sur le député gaulliste, Lucien Neuwirth, qui a défendu la loi autorisant la contraception. Ca vaut sans doute le coup d'être regardé.
Foireux 8 mars
# Posté le dimanche 02 mars 2008 12:27
Modifié le dimanche 02 mars 2008 12:40

Comment on en vient à justifier le viol

On pourrait se dire qu'a priori, le fait d'imposer à quelqu'un un acte sexuel - pénétration, fellation, etc... - est injustifiable en soi, et qu'il est absolument intolérable, dans l'affaire, de prendre partie pour le coupable, c'est-à-dire le violeur. Je ne crois pas qu'une telle réflexion soit manichéenne. Mais il faut croire que pour certaines personnes, elle l'est. Comment pourrait-on expliquer, sinon, que ces personnes en viennent à justifier le viol ?

C'est la faute à la gonzesse

Certes, me direz-vous, parmi les victimes de viol il y a aussi des hommes. Mais je ne sais pas si sur les hommes violés pèse une pression culpabilisante similaire à celle des femmes violées. Un homme violé sera peut être plus ridiculisé ("ouarf, il s'est fait violer comme une gonzesse, la hooooooooonnte...", "s'il ne s'est pas défendu c'est que ça devait lui plaire", etc...).
La femme violée, elle, est vite jugée coupable. Agressée, violée, mais coupable. Quand il s'agit de la rappeler à l'ordre, les abruti-e-s de tout poil sont là. Elle n'aurait pas dû porter une jupe si courte. Elle n'aurait pas dû trainer dans la rue à une heure pareille. Elle n'aurait pas dû... En gros, on sous-entend qu'elle a provoqué le violeur, qu'elle a cherché à être violée, et qu'elle n'a eu après tout que ce qu'elle méritait, cette salope.

Les remarques sur la tenue sont évidemment intolérables. Personne ne mérite d'être violé-e. Pas même une femme qui marcherait toute nue dans la rue. Est-ce qu'un viol dans un camp de nudistes serait justifié ?
D'ailleurs, cela ne concerne pas seulement le viol. Une jeune femme féministe qui s'interrogeait sur les hommes venant l'importuner dans la rue a eu droit sur un site à la réponse suivante (je cite le texte original, fautes d'orthographe comprises) :

peut etre aussi que si t'arretais de te fringuer comme une pu... ca arrangerait les choses.

Combien de cagoles se fringuent comme des sacs a foutre et viennent ensuite se plaindre qu'on les dragues...

tss tss

...

ma grande, dans la vie, on a ce qu'on merite, viens pas jouer les pauvre petite fille inocente, ca ne prend pas pour un sous. Tu sais parfaitement de quoi je parle. Corrige ta tenue, corrige ta facon de te maquiller, de parler et tu verra que ca changera de suite. Les mecs ne viennent pas "gratuitement" (hormis quelques cas, je te l'accorde, mais quand ca deviens repetitif... c'est toi le probleme, pas eux).


Traduction : si une femme n'est pas "socialement correcte" aux yeux des hommes, il est normal que ceux-ci viennent la rappeler à l'ordre... Pincez-moi, je rêve...
Il m'arrive souvent de croiser dans la rue des jeunes hommes portant des pantalons descendant sur le slip ou des chemises entrouvertes sur le torse. Si je suis les propos du grand intellectuel que j'ai cités, ne serait-il pas normal que j'embête le premier beau garçon venu sous prétexte que son slip ou son torse me séduisent ? Mais ça, évidemment, cela ne passe pas par la tête d'un macho abruti. Un homme a le droit d'exhiber son torse, ses fesses ou ses jambes poilues. Une femme, non.

Un autre moyen de culpabiliser les femmes, c'est de les accuser d'incitation au viol. Mais bien sûr, une fille de douze ans qui va mettre un string pour faire comme Lorie ou Jenifer ne cherche qu'à être violée, bien sûr... Les connards qui accusent les femmes d'incitation au viol ne sont que des immatures qui ne veulent pas admettre qu'ils peuvent contrôler leur corps et leur pénis. Sauter sur une femme et ensuite dire, "mais euh, c'est elle qui m'a provoquéééééé", c'est de la mauvaise foi pure. Ou alors l'homme en question admet qu'il ne sait pas se contrôler tout seul, et dans ce cas-là il est suffisamment raisonnable pour endosser une camisole de force.
Et quand bien même une femme sortirait dans la rue avec l'intention d'avoir des relations sexuelles, cela ne justifierait pas son viol. Est-ce que le viol d'une prostituée serait moins grave qu'un autre ? N'ont-elles pas le droit comme le reste des femmes de décider si elles veulent ou non avoir une relation sexuelle, que ce soit avec un client ou quelqu'un d'autre ?

Quant à l'heure ou au lieu du viol, il s'agit encore une fois d'une excuse bidon. J'ai lu un jour les propos d'un homme déclarant en gros que, si une "pétasse" (sic) se promène vers une heure du matin en nuisette dans la rue, il ne faut pas qu'elle vienne se plaindre après d'être violée. Allons bon : donc un violeur a le droit de se promener la nuit, mais pas une femme ? Attention petite, la rue pendant la nuit elle est à nous, si tu t'y risques faut pas venir te plaindre après. Non, désolée, la rue n'appartient pas moins aux femmes qu'aux autres. Nuisette ou pas.

Je passe sur les commentaires hallucinants qu'on peut parfois lire ou entendre, comme les comparaisons entre les femmes et les portables ou les objets de luxe (même sur un forum féministe j'ai lu ça une fois, eh oui, eh oui...) : du style, si tu exhibes ton portable ou ta chaîne en or dans un quartier sensible, faut pas de plaindre après si on te les vole. Ben mince alors, moi qui croyais que les femmes étaient des êtres humains et non des objets, je me suis plantée sur toute la ligne !

C'est pas la faute au violeur

Pendant logique de la culpabilisation des femmes violées, la déculpabilisation des violeurs. Ce n'est jamais de leur faute, figurez-vous. On trouve toujours des trucs pour excuser la violence machiste, en la mettant sur le compte du fait même d'être un homme (et moi je rigole quand on accuse après les féministes d'être anti-hommes). C'est la testostérone. C'est les pulsions masculines. C'est la force du désir (qui bien sûr est prétendu plus fort chez les hommes que chez les femmes, histoire d'enfoncer le clou). Ou alors c'est la femme, puisque c'est elle la coupable. C'est la vie. C'est les hommes. C'est la faute à pas de chance. C'est comme ça on y peut rien. Des lieux communs sur le viol, j'en ramasse à la pelle.

Et histoire de vous montrer concrètement que je ne délire pas, je vous invite à lire cet article de Chaminou : PÉTITION CONTRE LE PSY QUI JUSTIFIE LE VIOL


Le viol est un instrument de domination. Une manière d'imposer la volonté d'une personne aux dépens d'une autre. Il y a toutes sortes de viols. Le viol improvisé d'un homme qui a décidé que là, maintenant, telle personne devait lui céder, point barre. Le viol prémédité par un violeur qui connaît sa future victime (c'est souvent le cas) et a tout prévu. Le viol conjugal du mari ou conjoint qui estime que son épouse ou concubine doit être disponible pour lui à tout moment, qu'elle le veuille ou non. Le viol de guerre, qui permet à un groupe de combattants de s'attaquer à l'ennemi. Le viol comme torture, comme celui qui fut imposé à la jeune Djamila Boupacha, algérienne, par des soldats français pendant la guerre d'Algérie (et il y a eu quelqu'un pour souligner qu'après tout, ce n'était pas si grave puisque fait avec un tesson de bouteille, et non un vrai pénis...). Le viol de dressage hétérocentriste, quand un homme viole une lesbienne en espérant, cet imbécile, en faire une hétéro pur jus (lu sur un blog féministe dans les commentaires, cité par une féministe qui a entendu ça dans une fac : "Amélie Moresmo ? c'est clair, on dirait un mec ! Faudrait qu'elle se fasse violer un jour, qu'elle comprenne". Notez le "qu'elle comprenne". Ca fait rêver, non ?).
Alors qu'on arrête de nous faire croire que le viol n'est que la conséquence d'un désir sexuel incontrôlé. Ceux et celles qui justifient le viol ne font que consolider ce bon vieux sexisme dont on se passerait bien. Ces personnes-là ne méritent que mon très féministe mépris.
# Posté le mercredi 27 février 2008 16:03
Modifié le samedi 01 mars 2008 20:38

Vous voulez maigrir ?

# Posté le samedi 16 février 2008 12:22

A voir

Merci à Isabelle Alonso d'avoir mis cette pub sur son site.
# Posté le vendredi 15 février 2008 08:04

Beauvoir revue et corrigée

"On ne naît pas femme, on le devient"... En écrivant cette phrase Beauvoir n'était peut-être pas conscience de toutes les remises en question auxquelles elle allait ouvrir la voie. Il faut croire que cette petite phrase a encore du mal à être avalée, presque soixante ans après. Quand elle est réellement comprise (car elle donne souvent malheureusement lieu à un contresens).

Il y a quelques semaines, Le Figaro publiait un article opposant Sagan à Beauvoir. Que Le Figaro s'en prenne à Beauvoir, qui n'a cessé pendant toute sa vie de dire du mal de la droite, ce n'est pas surprenant. Mais la malhonnêteté intellectuelle a des limites. Comparant les manières d'écrire des deux auteures, Le Figaro qualifie la phrase sus-citée de "plate" puis cite une phrase ampoulée de Sagan pour écraser Beauvoir. Je copie-colle le chef d'oeuvre :

L'idéologie ou la vie ? Incontournable, le célèbre : « On ne naît pas femme, on le devient », du Deuxième Sexe. On ne fait pas plus plat, passe-partout. Chez Sagan, la première phrase de Bonjour tristesse plante déjà la grâce de son style (« Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse »), mais celles qui suivent ne sont pas mal non plus : « C'est un sentiment si complet, si égoïste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l'ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd'hui, quelque chose se replie en moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. » La grande classe.

C'est tellement ridicule que ça en serait drôle si ce n'était pas écrit sérieusement. La phrase de Beauvoir, plate, passe-partout ? On peut ne pas adhérer à ce que sous-entend cette phrase, on peut ne pas la comprendre, mais je ne crois pas qu'on puisse y être indifférent-e.
Que disait Benoîte Groult, déjà ?

Paradoxalement, c'est peut-être de l'excès même de simplicité de son style, de ce désir maintes fois exprimé chez elle de répudier toute afféterie, toute recherche du brillant, du sensationnel, qu'est née sous sa plume cette phrase dont la violence dans la brièveté confine au génie. On signifie difficilement plus en si peu de mots.

Voilà une autre vision de cette petite phrase au style "plat" et "passe-partout" qui a changé la vie et la vision du monde de tant de personnes, à commencer par les miennes...

Mais il y a d'autres manières, plus sournoises, de s'en prendre à Beauvoir. Julia Kristeva a répété à longueur d'interviews radiophoniques ou dans la presse, ou au dernier colloque sur Beauvoir, les mêmes propos. Selon elle, avec "les avancées de la biologie" (lesquelles ? Elle ne le précise pas...), la phrase de Beauvoir n'est plus d'actualité. Plus vicieux encore, Julia Kristeva s'appuie sur la vie de Beauvoir pour contredire les thèses de celle-ci : la vie sexuelle de Beauvoir et Sartre prouverait "la divergence des désirs sexuels masculin et féminin" (depuis quand Sartre est-il représentatif de tous les hommes, et Beauvoir de toutes les femmes ?).

Danièle Sallenave, qui a publié récemment un livre consacré à Beauvoir, Castor de guerre, a, elle, déclaré à plusieurs reprises, des trucs du genre : "Contrairement à ce qu'on affirme, Beauvoir n'a jamais nié la différence entre les hommes et les femmes ! Au contraire, elle a écrit qu'elle n'avait jamais été mécontente d'être une femme, et même qu'elle s'en réjouissait !". Certes, certes. Mais pourquoi Mme Sallenave oublie-t-elle de préciser que pour Beauvoir, les différences entre hommes et femmes - hormis les différences biologiques - étaient d'ordre culturel et non naturel ? Qu'est-ce qui peut bien valoir à Beauvoir ce petit lifting essentialiste, sinon de la malhonnêteté visant à aseptiser sa pensée anti-essentialiste ?

Beauvoir en entretien avec Francis Jeanson (extrait de Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre) :

on fait de moi tant de choses ! (...) il est certain qu'il y a des quantités de fausses interprétations de mon féminisme. Seulement, celles qui sont fausses à mes yeux, ce sont celles qui ne sont pas radicalement féministes : on ne me trahit jamais quand on me tire vers... le féminisme absolu, si vous voulez.

Il n'y a pas que les fesses de Beauvoir qui ont été revues et corrigées en couverture du Nouvel Observateur : ses idées finissent par être mal comprises, ou déformées volontairement, à l'aide de phrases citées en dehors de leur contexte, de malhonnêteté intellectuelle cherchant à déconsidérer les idées défendues par Beauvoir en prétendant que celle-ci n'aurait pas vécu en accord avec ses propres convictions (le livre Beauvoir dans tous ses états évoque plusieurs articles dans la presse usant de procédés malhonnêtes de ce style). Malheureusement Beauvoir n'est plus là pour répondre elle-même aux personnes qui, en prétendant l'attaquer ou la comprendre mieux que les autres, dissimulent leur conservatisme. Mais que l'on ne se méprenne pas, les féministes radicales qui ont su faire prospérer les thèses de Beauvoir n'ont pas dit leur dernier mot.
# Posté le jeudi 14 février 2008 19:28
Modifié le samedi 16 février 2008 09:45