On pourrait se dire qu'a priori, le fait d'imposer à quelqu'un un acte sexuel - pénétration, fellation, etc... - est injustifiable en soi, et qu'il est absolument intolérable, dans l'affaire, de prendre partie pour le coupable, c'est-à-dire le violeur. Je ne crois pas qu'une telle réflexion soit manichéenne. Mais il faut croire que pour certaines personnes, elle l'est. Comment pourrait-on expliquer, sinon, que ces personnes en viennent à justifier le viol ?
C'est la faute à la gonzesseCertes, me direz-vous, parmi les victimes de viol il y a aussi des hommes. Mais je ne sais pas si sur les hommes violés pèse une pression culpabilisante similaire à celle des femmes violées. Un homme violé sera peut être plus ridiculisé ("ouarf, il s'est fait violer comme une gonzesse, la hooooooooonnte...", "s'il ne s'est pas défendu c'est que ça devait lui plaire", etc...).
La femme violée, elle, est vite jugée coupable. Agressée, violée, mais coupable. Quand il s'agit de la rappeler à l'ordre, les abruti-e-s de tout poil sont là. Elle n'aurait pas dû porter une jupe si courte. Elle n'aurait pas dû trainer dans la rue à une heure pareille. Elle n'aurait pas dû... En gros, on sous-entend qu'elle a provoqué le violeur, qu'elle a cherché à être violée, et qu'elle n'a eu après tout que ce qu'elle méritait, cette salope.
Les remarques sur la tenue sont évidemment intolérables. Personne ne mérite d'être violé-e. Pas même une femme qui marcherait toute nue dans la rue. Est-ce qu'un viol dans un camp de nudistes serait justifié ?
D'ailleurs, cela ne concerne pas seulement le viol. Une jeune femme féministe qui s'interrogeait sur les hommes venant l'importuner dans la rue a eu droit sur un site à la réponse suivante (je cite le texte original, fautes d'orthographe comprises) :
peut etre aussi que si t'arretais de te fringuer comme une pu... ca arrangerait les choses.
Combien de cagoles se fringuent comme des sacs a foutre et viennent ensuite se plaindre qu'on les dragues...
tss tss
...
ma grande, dans la vie, on a ce qu'on merite, viens pas jouer les pauvre petite fille inocente, ca ne prend pas pour un sous. Tu sais parfaitement de quoi je parle. Corrige ta tenue, corrige ta facon de te maquiller, de parler et tu verra que ca changera de suite. Les mecs ne viennent pas "gratuitement" (hormis quelques cas, je te l'accorde, mais quand ca deviens repetitif... c'est toi le probleme, pas eux).Traduction : si une femme n'est pas "socialement correcte" aux yeux des hommes, il est normal que ceux-ci viennent la rappeler à l'ordre... Pincez-moi, je rêve...
Il m'arrive souvent de croiser dans la rue des jeunes hommes portant des pantalons descendant sur le slip ou des chemises entrouvertes sur le torse. Si je suis les propos du grand intellectuel que j'ai cités, ne serait-il pas normal que j'embête le premier beau garçon venu sous prétexte que son slip ou son torse me séduisent ? Mais ça, évidemment, cela ne passe pas par la tête d'un macho abruti. Un homme a le droit d'exhiber son torse, ses fesses ou ses jambes poilues. Une femme, non.
Un autre moyen de culpabiliser les femmes, c'est de les accuser d'incitation au viol. Mais bien sûr, une fille de douze ans qui va mettre un string pour faire comme Lorie ou Jenifer ne cherche qu'à être violée,
bien sûr... Les connards qui accusent les femmes d'incitation au viol ne sont que des immatures qui ne veulent pas admettre qu'ils peuvent contrôler leur corps et leur pénis. Sauter sur une femme et ensuite dire, "mais euh, c'est elle qui m'a provoquéééééé", c'est de la mauvaise foi pure. Ou alors l'homme en question admet qu'il ne sait pas se contrôler tout seul, et dans ce cas-là il est suffisamment raisonnable pour endosser une camisole de force.
Et quand bien même une femme sortirait dans la rue avec l'intention d'avoir des relations sexuelles, cela ne justifierait pas son viol. Est-ce que le viol d'une prostituée serait moins grave qu'un autre ? N'ont-elles pas le droit comme le reste des femmes de décider si elles veulent ou non avoir une relation sexuelle, que ce soit avec un client ou quelqu'un d'autre ?
Quant à l'heure ou au lieu du viol, il s'agit encore une fois d'une excuse bidon. J'ai lu un jour les propos d'un homme déclarant en gros que, si une "pétasse" (sic) se promène vers une heure du matin en nuisette dans la rue, il ne faut pas qu'elle vienne se plaindre après d'être violée. Allons bon : donc un violeur a le droit de se promener la nuit, mais pas une femme ? Attention petite, la rue pendant la nuit elle est à nous, si tu t'y risques faut pas venir te plaindre après. Non, désolée, la rue n'appartient pas moins aux femmes qu'aux autres. Nuisette ou pas.
Je passe sur les commentaires hallucinants qu'on peut parfois lire ou entendre, comme les comparaisons entre les femmes et les portables ou les objets de luxe (même sur un forum féministe j'ai lu ça une fois, eh oui, eh oui...) : du style, si tu exhibes ton portable ou ta chaîne en or dans un quartier sensible, faut pas de plaindre après si on te les vole. Ben mince alors, moi qui croyais que les femmes étaient des êtres humains et non des objets, je me suis plantée sur toute la ligne !
C'est pas la faute au violeurPendant logique de la culpabilisation des femmes violées, la déculpabilisation des violeurs. Ce n'est jamais de leur faute, figurez-vous. On trouve toujours des trucs pour excuser la violence machiste, en la mettant sur le compte du fait même d'être un homme (et moi je rigole quand on accuse après les féministes d'être anti-hommes).
C'est la testostérone. C'est les pulsions masculines. C'est la force du désir (qui bien sûr est prétendu plus fort chez les hommes que chez les femmes, histoire d'enfoncer le clou).
Ou alors c'est la femme, puisque c'est elle la coupable. C'est la vie. C'est les hommes. C'est la faute à pas de chance. C'est comme ça on y peut rien. Des lieux communs sur le viol, j'en ramasse à la pelle.
Et histoire de vous montrer concrètement que je ne délire pas, je vous invite à lire cet article de Chaminou :
PÉTITION CONTRE LE PSY QUI JUSTIFIE LE VIOLLe viol est un instrument de domination. Une manière d'imposer la volonté d'une personne aux dépens d'une autre. Il y a toutes sortes de viols. Le viol improvisé d'un homme qui a décidé que là, maintenant, telle personne devait lui céder, point barre. Le viol prémédité par un violeur qui connaît sa future victime (c'est souvent le cas) et a tout prévu. Le viol conjugal du mari ou conjoint qui estime que son épouse ou concubine doit être disponible pour lui à tout moment, qu'elle le veuille ou non. Le viol de guerre, qui permet à un groupe de combattants de s'attaquer à l'ennemi. Le viol comme torture, comme celui qui fut imposé à la jeune Djamila Boupacha, algérienne, par des soldats français pendant la guerre d'Algérie (et il y a eu quelqu'un pour souligner qu'après tout,
ce n'était pas si grave puisque fait avec un tesson de bouteille, et non un vrai pénis...). Le viol de dressage hétérocentriste, quand un homme viole une lesbienne en espérant, cet imbécile, en faire une hétéro pur jus (lu sur un blog féministe dans les commentaires, cité par une féministe qui a entendu ça dans une fac : "Amélie Moresmo ? c'est clair, on dirait un mec ! Faudrait qu'elle se fasse violer un jour, qu'elle comprenne". Notez le "qu'elle comprenne". Ca fait rêver, non ?).
Alors qu'on arrête de nous faire croire que le viol n'est que la conséquence d'un désir sexuel incontrôlé. Ceux et celles qui justifient le viol ne font que consolider ce bon vieux sexisme dont on se passerait bien. Ces personnes-là ne méritent que mon très féministe mépris.